04 août 2012

Badminton : seul Français qualifié aux JO, il passe sa vie en Thaïlande





Alain Mercier | Alinea (agence de presse sportive)


Brice Leverdez à New Delhi, en avril 2012 (Roberto Schmidt/AFP)
Rien n’est plus simple que de rallier Londres depuis la France. Pas pour Brice Leverdez. Le n°1 français du badminton, seul qualifié masculin de son sport aux Jeux, s’est autorisé un curieux détour. Il a pris la route de Bangkok, en Thaïlande.
Il y était début juin, à moins de cinquante jours de l’ouverture. Puis encore aux premiers jours du mois de juillet. En tout, plus d’un mois à cogner dans le volant, soir et matin, entouré de la crème des joueurs locaux. Il raconte :
« A Bangkok, je partage la préparation d’un groupe d’une douzaine de joueurs. Trois d’entre eux participent aux JO de Londres. L’émulation est incroyable.
Surtout, quand je suis là-bas, je joue au badminton, je mange, je rejoue, je dors. Et ainsi de suite, sept jours sur sept. En France, il est plus difficile de s’impliquer à fond, les sollicitations sont trop nombreuses. »
Pour un mordu de badminton, l’Asie ressemble à un mât de cocagne. Les joueurs s’y comptent par centaines de milliers. La discipline est pour eux comme une seconde nature. Ils en apprennent les règles dès l’enfance. Les meilleurs y font carrière. Les plus costauds découvrent la fortune. Fabrice Vallet, l’entraîneur de l’équipe de France, explique :
« Le badminton fait partie de la culture, en Indonésie, Malaisie, Thaïlande. Les jeunes commencent très tôt. Leur jeu est naturel. Ils sont joueurs de badminton avant d’être des sportifs. »

Fiancé à la « perle » du badminton thaïlandais

Brice Leverdez, 26 ans depuis avril dernier, l’a compris dès son premier voyage, au début de sa carrière. Puis, malin, il a joint l’utile à l’agréable. En décembre dernier, la presse spécialisée a rendu compte de ses fiançailles à Bangkok avec Salakjit Ponsana, la « perle » du badminton thaïlandais.
Entrée à petits pas dans le top 20 mondial, cette ancienne étudiante en droit de 28 ans a gagné son billet pour les Jeux d’Athènes, en 2004. A un match près, elle serait montée sur le podium. Une performance qui l’aurait élevée au rang d’héroïne nationale, mais elle a pris la 4e place.
Les deux jeunes gens se sont rencontrés sur le circuit international. Lors de leurs fiançailles, la famille avait convié le ban et l’arrière-ban de l’équipe nationale de Thaïlande.
En première ligne, le frère de la jeune femme, Boonsak. Le n°1 du badminton thaïlandais est le plus sérieux espoir de médaille olympique d’un pays qui les compte avec peine sur les doigts d’une seule main.
A Bangkok, le mois dernier, les deux futurs beaux-frères se sont souvent affrontés à l’entraînement. Le Français assure qu’aucun des deux « n’arrive à vraiment prendre l’ascendant. Le plus souvent, on en reste à un set partout. Impossible de se départager. »
Ce qui donne des espoirs aux Français. Ni l’un ni l’autre ne souhaitent s’affronter à Londres.

Vitesse record du volant : 440 km/heure

A en croire son coach, Fabrice Vallet, cette carrière menée à cheval sur les deux continents a donné un sérieux coup d’accélérateur à la carrière du jeune Français.
Plutôt costaud pour un joueur de badminton (1,80 m pour 75 kg), Brice Leverdez a conservé de ses années de judoka une nature de guerrier. Fabrice Vallet raconte la difficulté d’un sport trop souvent assimilé à la légèreté des vacances :
« Notre sport est devenu de plus en plus rapide. La vitesse record du volant a été mesurée à 440 km/h. Et il est fréquent, au plus haut niveau international, de smasher entre 280 et 320 km/h.
Un match dure souvent autour d’une heure. Les joueurs y évoluent à une fréquence cardiaque de 160/170 pulsations par minute. »

Entre Asie et Europe, des différences de jeu

Les séjours de l’athlète en Thaïlande lui ont permis de faire le lien entre l’explosivité du jeu asiatique et le sens tactique du badminton à l’européenne.
« Les Asiatiques aiment abréger l’échange et profiter de leur vitesse pour marquer vite. En Europe, nous travaillons plus sur la stratégie, avec la volonté de construire le point.
Brice est capable de faire l’amalgame. Il est plus massif que les Thaïlandais et les Indonésiens. Mais il a beaucoup amélioré son jeu de jambes à leur contact. »
A Londres, Brice Leverdez avoue se sentir un peu isolé dans une équipe de France squelettique. Une seule joueuse, l’ancienne Chinoise Hongyan Pi, a pu l’accompagner aux Jeux. Les autres ont échoué. Il l’explique par un trou de génération :
« En France, les jeunes poussent et commencent à se montrer. Mais ils ont encore sept ou huit ans de moins que moi. J’espère que dans quatre ans, aux Jeux de Rio, on sera plus nombreux. »
En attendant, il peut compter sur sa fiancée thaïlandaise et son jeune beau-frère pour l’encourager dans les tribunes de la Wembley Arena.
Samedi soir, il a débuté son tournoi olympique par une victoire, face au modeste Ougandais Edwin Ekring, 93e joueur mondial, en deux sets secs (21-12, 21-11).

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